SGAIM Medienmitteilung Nachwuchs

SSMIG Teaching Award 2022: «L’enseignement obtient de meilleurs résultats si on travaille en équipe»

Cette année, la Société Suisse de Médecine Interne Générale a décerné le «SSMIG Teaching Award» au Dr Stefan Markun de l’Institut de médecine de famille de l’Université de Zurich. Dans son interview, Stefan Markun raconte ce qui contribue à un enseignement réussi et comment les médecins expérimentés peuvent répondre aux besoins de la relève.

1. Toutes nos félicitations pour le Teaching Award SSMIG 2022. Que signifie ce prix à vos yeux?

Teaching est pour moi une activité qui a un sens de bout en bout. Cela est particulièrement vrai dans le domaine médical, où les connaissances ou les compétences transmises sont réutilisées des milliers de fois et profitent à des milliers de personnes. Pour moi, pouvoir faire du Teaching est déjà un privilège. Et recevoir ce prix en plus me rend évidemment très heureux! Mais il est important de souligner ici que mon enseignement n’est pas un acte individuel. La récompense revient à toute une équipe, composée de groupes professionnels les plus variés: des collègues médecins, des étudiant-e-s engagé-e-s dans l’enseignement, des comédien-ne-s et, bien sûr, le personnel administratif et technique m’ayant toujours aidé à réaliser mes projets d’enseignement.

 

2. Qu’est-ce qui caractérise un-e bon-ne enseignant-e?

Je pense qu’un-e bon-ne enseignant-e a besoin d’une multitude de compétences et de ressources variées. Comme je l’ai déjà dit, l’enseignement obtient de meilleurs résultats si on travaille en équipe. C’est pourquoi des qualités de direction sont importantes pour les grands projets d’enseignement intégrés. Face aux apprenant-e-s, un-e bon-ne enseignant-e assume la responsabilité de fixer des objectifs de formation pertinents et adaptés à chaque palier. Respecter ces paliers successifs peut être une tâche compliquée, car l’enseignant-e doit déterminer sur quelles qualifications s’appuyer au fur et à mesure. Les institutions qui coordonnent l’enseignement pourraient apporter leur soutien à ce niveau. Pour ce qui est de la pertinence, il est important que l’enseignant-e s’assure que les objectifs d’apprentissage fixés sont des qualifications réellement nécessaires dans le quotidien médical. Enfin, les enseignant-e-s doivent comprendre le changement qui s’est produit au cours de la dernière décennie: aujourd’hui, les ressources didactiques en ligne présentent le savoir disponible de manière plus structurée et plus interactive – mieux que le meilleur des cours ne saurait le faire. Les enseignant-e-s ne peuvent pratiquement plus apporter de valeur ajoutée par un simple transfert de connaissances. Toutefois, ils et elles peuvent encore marquer des points en transcrivant le savoir en actes. Ce qui peut notamment se faire en formant la relève aux méthodes cognitives (Clinical Reasoning), aux compétences manuelles ou aux compétences communicatives. Et last but not least: comme dans de nombreuses situations, l’humour est un outil extrêmement utile pour capter l’attention et faciliter l’assimilation des connaissances.

 

3. Autogestion pour les débutant-e-s à l’hôpital, conflits thérapeutiques en cas de multimorbidité ou Clinical Reasoning: vous avez suscité l’enthousiasme des étudiant-e-s pour la MIG avec des formats d’enseignement innovants. Comment recruter la relève pour la médecine de famille ou la MIG stationnaire?

La médecine, c’est naviguer dans des eaux troubles avec des informations incertaines. Les débutant-e-s ont du mal à interpréter les informations et à évaluer les conséquences de leurs actes. On veut à tout prix éviter la mauvaise décision. Mais ne rien faire peut aussi avoir des conséquences graves, et faire exactement ce qu’il faut peut engendrer des complications imprévues. Supporter cette tension, cette responsabilité, cette incertitude peut s’avérer difficile. De plus, des personnes sans expérience sont plongées dans des écosystèmes qu’elles ne connaissent pas et où il leur faut des mois pour s’y retrouver. Le tout dans le contexte de la médecine, qui exige le maximum en matière de communication, qui veut que l’on applique un savoir sans cesse croissant et qui s’accompagne de conditions de travail pas trop attrayantes. Il faut que nous soyons parfaitement conscients qu’avec un tel profil de poste, nous abordons les plus compétents et les plus motivés de nos collègues de demain. Et c’est précisément pour cela que dès maintenant, nous devrions les respecter, les estimer et les traiter en tant que tels.

 

4. Comment les médecins expérimentés peuvent-ils encourager la relève de manière ciblée?

Nous devrions promettre aux débutant-e-s que nous les soutiendrons – et le faire aussi quand ils en ont besoin. Nous devrions leur enseigner de manière ciblée les compétences cognitives, manuelles et communicatives réellement nécessaires au quotidien, ainsi que les coacher pour les exigences non médicales ordinaires, par exemple comment s’autogérer à l’hôpital. La médecine de famille et la MIG stationnaire peuvent apporter beaucoup de plaisir, mais seulement si l’on s’est quelque peu familiarisé aux défis intrinsèques et extrinsèques. Les médecins plus expérimentés doivent montrer à la relève que ce stade existe et est faisable, tout en l’aidant à y accéder le plus rapidement possible. Enfin, nous devons également répondre aux besoins de la relève; peut-être pourrons-nous en tirer aussi des leçons pour nous-mêmes. Implémenter des horaires de travail plus flexibles et le travail à temps partiel via des mesures organisationnelles est réalisable. Or, cela pourrait aussi être bénéfique pour les confrères et consœurs chevronné-e-s.  La charge administrative, fréquemment décriée – parfois à juste titre –, est chaque jour une source de stress inutile pour nous et s’avère plutôt déconcertante pour les débutant-e-s. Ce travail d’administration est souvent composé d’innombrables micro-tâches qui pourraient être nettement simplifiées par des solutions informatiques. Du point de vue de la relève, les solutions informatiques existantes ne correspondent souvent pas aux toutes dernières technologies (ni aux avant-dernières parfois). Il y a là un retard à rattraper et un grand potentiel pour rendre notre travail plus attractif, y compris pour nous-mêmes.