«Nous traitons des personnes, pas des formulaires» – avec son action «Tigre de papier», la SSMIG met en évidence les tâches administratives inutiles

Plus de 1800 médecins et assistant·e·s médicaux ont participé à l’enquête «Tigre de papier» de la Société Suisse de Médecine Interne Générale (SSMIG). Les résultats sont sans appel: les tâches administratives inutiles sont très répandues, ne génèrent aucune valeur ajoutée médicale et aggravent les problèmes de prise en charge en matière de soins. Avec sept organisations partenaires, la SSMIG demande des mesures systémiques concrètes pour réduire la bureaucratie.

Les retours des cabinets de médecins de famille et des hôpitaux suisses vont droit au but: une part importante et en constante augmentation du temps de travail des médecins est consacrée à des activités qui n’améliorent ni la qualité, ni la sécurité, ni l’efficacité des soins. Ce «travail sans utilité» requiert compétence professionnelle et attention, qui font alors défaut dans la prise en charge des patientes et patients. C’est ce qu’a révélé une enquête de la Société Suisse de Médecine Interne Générale (SSMIG). La campagne bénéficie du large soutien des organisations FMH, mfe, asmac, JHaS, SYI, Société Vaudoise de Médecine, OSP et ASAM. Plus de 1800 professionnel·le·s de toute la Suisse ont participé à l’enquête de septembre 2025 à janvier 2026.


Travail sans utilité – avec des conséquences pour les soins médicaux

 

L’enquête «Tigre de papier» met clairement le doigt sur le problème: en tête des tâches jugées inutiles figurent la mise à jour des listes de médicaments et la vérification des ordonnances en cas de transmission entre l’hôpital, le cabinet médical et les services de soins à domicile, ou en cas de difficultés d’approvisionnement. Viennent ensuite la double documentation en raison de systèmes informatiques incompatibles, ainsi que les demandes de précisions des assureurs, y compris les garanties de prise en charge des coûts et les demandes de réexamen. En quatrième et cinquième positions, les personnes interrogées citent les demandes médicales formulées par e-mail plutôt que dans le cadre d’un entretien direct, ainsi que les certificats d’incapacité de travail à partir du premier jour.

 

L’accent n’est donc pas mis sur des tâches marginales, mais sur des processus essentiels des soins. Le surcroît de travail administratif est souvent dû à un manque d’interopérabilité, à des ruptures de médias et à des demandes de précisions standardisées, et non à la complexité médicale. Pour les personnes interrogées, la charge de travail est élevée tandis que les avantages supplémentaires pour les soins sont faibles. Les conséquences sont clairement perceptibles pour les patientes et les patients. Le Prof. Dr méd. Sven Streit, responsable de la Commission pour la promotion de la relève de la SSMIG et initiateur de la campagne «Tigre de papier», explique: «La médecine de premier recours repose sur le dialogue, la continuité et la réflexion clinique. Lorsque les tâches administratives inutiles augmentent, tout cela en pâtit. Chaque heure de bureaucratie est une heure perdue pour nos patientes et patients.»

 

Même pour des traitements clairement indiqués et conformes aux recommandations, des justifications sont régulièrement exigées. Ainsi, des rapports à l’AI doivent être rédigés à plusieurs reprises bien que la situation clinique n’ait pas changé. De nombreux participantes et participants à l’enquête considèrent cette pratique comme l’expression d’une culture de contrôle. Celle-ci repose moins sur un contrôle ciblé des critères EAE (efficacité, adéquation, économicité) que sur une logique de couverture systématique et favorise un climat de méfiance.

 

Une grande partie des tâches administratives inutiles est en outre due à des déficits structurels tels que: formulaires sur papier (cités par 67% des personnes interrogées), PDF non modifiables (56%), manque d’interopérabilité (83%) ou saisie répétée des mêmes données de base (73%). «Imprimer, signer, scanner, envoyer par e-mail – et ce, en 2026», estime M. Streit. Comme autres exemples, on peut citer les formulaires qui diffèrent selon l’assurance, alors que les informations demandées sont toujours les mêmes. Ou encore l’envoi postal en plus de l’e-mail, un double travail inutile. Grâce à l’interopérabilité, à des standards clairs, à des possibilités de délégation et à une présomption de prestation obligatoire effectivement appliquée, ce «travail sans utilité» pourtant évitable pourrait être considérablement réduit.

 

Le «Tigre de papier» met en évidence les tâches administratives inutiles

 

Les tâches administratives inutiles se font généralement sur papier ou au format PDF dans les cabinets et les hôpitaux. Elles sont visibles mais souvent sans alternative. C’est précisément à ce niveau qu’intervient la campagne «Tigre de papier» de la SSMIG, avec un autocollant physique qui permet de marquer et de désigner les tâches administratives inutiles dans le quotidien du cabinet et de l’hôpital. Non pas comme une provocation, mais comme une invitation à la réflexion: est-ce vraiment nécessaire? Cela sert-il aux soins médicaux? Y a-t-il un bénéfice pour les patientes et les patients? L’autocollant «Tigre de papier» donne un visage à la bureaucratie inutile afin qu’elle ne soit plus acceptée silencieusement mais modifiée concrètement. Car en fin de compte: nous traitons des patients, pas des formulaires!